La pensée néo Protectionniste

Un peu de théorie et de philosophie

1 – Le constat d’un échec

La crise financière de 2008 n’est finalement qu’un phénomène peu important par rapport à la gravité de la situation prise dans son ensemble : qu’est-ce que la perte de quelques centaines de milliards de dollars virtuels générés par une poignée d’imbéciles en costume coûteux par rapport à ce qui guette l’humanité engagée dans la pente mondialiste?

La véritable catastrophe sociale et économique qui se déroule sous nos yeux réside dans le sacrifice du rapport à autrui pour la seul satisfaction des pulsions individuelles. En effet, quel est le rapport que l’on entretien avec autrui quand on accepte de le voir vivre dans des conditions déplorable pour avoir le « plaisir » d’acheter plus pour moins cher ?

On pourrait éventuellement penser qu’être loin des yeux éloigne du cœur mais cette absence de rapport à l’autre se matérialise aussi par l’absence de considération pour les humains proches : nous savons qu’acheter un produit de PED revient souvent à financer des régimes douteux et nous nuisons à nos concitoyens, nos voisins, en détruisant leur emploi. Mais cela ne nous arrête pas car l’auto aveuglement égotique a désormais un prix, celui d’une paire de chaussures fabriquée par un humain payé 10$ par jour à des milliers de kilomètres de notre territoire national.

L’ultra individualisme post moderne de la personne physique rejoint le comportement néo capitalistique pure de l’entreprise qui consiste à ne voir dans le monde qu’une opportunité de gain sans attache nationale ni la moindre conscience du sort de l’autre. Le monde que nous préparons pourrait se décrire de la façon suivante : des entités micro-économiques dérivant au gré des opportunités d’offre dans un univers macro économique de production apatride. Rien qu’à le lire, on se dit que c’est pas terrible….

Cette sensation prégnante que notre propre univers nous échappe se ressent jusque dans les détails du quotidien où désormais l’homme plie son mode de pensée et son rythme de travail à la machine. Nous ne sommes plus hommes mais rouages interchangeable d’une architecture économique qui ne vit que par elle pour elle, sans aucun but réel de progrès universel. La machine financière est devenue autosuffisante et l’homme n’est qu’une donnée qu’on tente de rendre superflue, une variable d’ajustement en cas de convulsion systémique.

2 – La nécessité d’une autre voie

Le mondialisme capitaliste contemporain n’existe pas depuis la nuit des temps. Il est une résultante de l’accélération de la transmission de l’information et de la réduction de l’espace planétaire. Il s’est bâti sur l’opposition au système marxiste et tire sa légitimité de l’effondrement de l’URSS.

Mais quelle est la légitimité acquise par le simple échec d’un autre modèle? En réalité aucune : c’est comme si un psychopathe justifiait sa folie homicide en disant : « j’ai raison de tuer mes victimes au couteau parce que mon copain Hannibal s’est fait prendre en les tuant à la hache ».  C’est idiot? Fallait pas commencer.

Le Capitalisme a imprimé une idée simple dans les esprits : « je suis l’alpha et l’oméga économique parce que j’ai survécu aux théories totalitaires du XIXème et XXème siècle. Hors moi, point de salut ».

En l’absence d’opposition idéologique ou de proposition alternative audible, il est tout à fait normal que cette hégémonie se soit installée. De plus, les prémisses de la mondialisation ont apporté des effets positifs et un grand espoir en l’avenir. Malheureusement, nous avons déchanté lorsque les entreprises se sont adaptées à leur nouvel univers concurrentiel : un monde sans frontière où la survie passe par la réduction permanente des coûts de production.

Dès lors, les effets pervers ont commencé à poindre pour bientôt atteindre une situation paroxysmique qui mènera l’occident à sa perte. Devant le chômage de masse, la perte du sens moral, la destruction de la culture et des identités nationales, peu à peu des voix s’élèvent. Raillées, moquées, ridiculisées par les médias, ils se battent pour proposer une autre façon d’aborder les échanges dans une économie mondialisée. L’ignoble crime dont on les accuse c’est de considérer que l’économie et la politique sont au service de l’homme, et pas le contraire. Cette atteinte à l’orthodoxie des Lois du Marché ne semble pourtant pas si terrifiante. Pour tout dire, elle est même plutôt attirante.

En tant que membre de cette « secte hérétique », nous croyons en la nécessité de rechercher cette nouvelle voie, d’en explorer les conceptions et d’écrire quelques articles pour tenter, dans le bruit ambiant, de faire avancer la pensée et de trouver des raisons de croire encore en l’avenir de l’humanité.

3 – Tirer quelques leçons du passé pour aller de l’avant

La création de la pensée néo Protectionniste présente une première difficulté intellectuelle: par réflexe, l’homme a tendance à penser de façon binaire ce qui, dans la situation actuelle, le pousse à embrasser les théories Trotskistes portées, tel un colis « nauséabond », par un facteur d’opérette.

S’extraire de cette tentation dirigiste anticapitaliste pour créer un autre possible demande une forte discipline mentale et une prédisposition naturelle à considérer autrui comme soi même. De plus, c’est faire exactement la même erreur que l’acceptation aveugle du mondialisme : sous prétexte que la hache fait plus mal que le couteau, choisirce dernier.

Vouloir faire le bonheur des hommes à tout prix est aussi une tentation dangereuse. Aussi est-il préférable de penser en terme de contexte prédisposant à une amélioration constante des conditions de vie de l’Homme plutôt que de créer un univers économico –philosophique « parfait », tâche impossible du fait des aspirations variées qui font de nous un être unique sous la surface des cieux.

Enfin, le protectionnisme peut parfois être l’outil d’une politique néfaste du rejet de l’autre. Ce n’est pas véritablement un protectionnisme dans le sens d’outil de régulation des échanges, mais plutôt une propagande d’Etat dont le but est de protéger la rente de quelques-uns au détriment de l’intérêt général.

Il faut donc une pensée capable d’intégrer et de gérer ses propres altérités négatives. Elle doit être structurellement capable d’empêcher les phénomènes de rente, l’immobilisme technologique et l’enfermement sur soi.

Le Néo protectionnisme se nourrit de l’Histoire pour ne pas répéter les mêmes erreurs, prévenir ses propres dérives et offrir des perspectives d’avenir. Beaucoup de bonnes choses ont été balayées par le mondialisme dans les vingt dernières années. Ainsi, la tentation est très forte de développer une rhétorique du retour à l’âge d’or, de bâtir un passé mythique et de construire ainsi une pensée rétrograde. Le passé, par définition, ne revient jamais. Il faut faire le deuil de ce qui fut et tenter de construire et de conquérir notre avenir. C’est une condition sine qua none de la réussite de la pensée Néo Protectionniste. Elle se doit d’être positive et dynamique.

4 – Les bases de la pensée néo Protectionniste

La pensée néo Protectionniste se penche sur la question de l’homo œconomicus, pas seulement en tant que facteur de consommation ou de production mais aussi comme être conscient et moral en contact avec d’autres êtres aux qualités équivalentes. Le néo Protectionnisme conçoit la politique économique comme positive, non pas lorsque les gains sont maximum, mais lorsque les actes économiques satisfont les parties sans nuire à l’intérêt général.

L’échange ne se mesure pas seulement à l’aune du signe monétaire créé : ses éventuelles altérités négatives sont intégrées afin d’en connaître la pertinence. De cette appréciation des conséquences réelles des actes économiques, le néo-Protectionnisme est capable de proposer des règles micro et macro économiques créant un environnement où les actes positifs sont créateurs de richesse.

En introduisant la « morale » dans l’économie, on introduit la notion de Bien et de Mal, donc une hiérarchie des valeurs. On introduit aussi la notion du soi et de l’autre, qui se comprend facilement en micro économie et qui se traduit à plus grande échelle par la notion de l’espace intérieur (espace national=soi) et espace extérieur (les autres nations).

Au-delà de la personne physique, nous pensons que la personne morale est aussi un « individu » au sein de la nation. A ce titre, la satisfaction de ses besoins comme ses devoirs vis-à-vis d’autrui sont de même importance que ceux des personnes physiques. La personne morale peut compter sur la pensée néo Protectionniste pour se voir attribuer un univers de règles qui lui permette de prospérer grâce à la positivité sociétale de ses actes.

L’espace extérieur existe et ne se fonde pas forcément sur les valeurs que nous défendons. Ne souhaitant pas sombrer dans un isolationnisme appauvrissant financièrement et spirituellement, nous devons fixer un ensemble de règles de contact et d’échange avec autrui dont les altérités doivent être positives pour nous-même et pour les partenaires commerciaux. Le commerce et le vivre ensemble c’est négocier un équilibre des rapports où les participants directs et indirects ne sont ni lésés ni trompés. Ainsi, sans refuser le commerce international, le néo Protectionnisme porte un regard vigilant sur la portée de ce commerce, son sens et ses conséquences. La réglementation qui en découle a pour fonction d’empêcher les altérités négatives tout en faisant la promotion financière de sa propre conception des échanges.

Conclusion

A la frontière entre l’économie, la philosophie et l’histoire, le courant néo-protectionniste ne s’interdit aucune voie de réflexion et tente de créer une pensée complexe capable de produire des solutions adaptées au défi qu’il s’est lancé : proposer une alternative créatrice d’un bien-être général en constante amélioration, soucieux des libertés individuelles mais aussi soucieux de la portée des actes économiques sur autrui.

2 Réponses to “La pensée néo Protectionniste”

  1. Ric Says:

    fr.wikipedia.org/wiki/L%27Entraide

    fr.wikipedia.org/wiki/Pens%C3%A9e_complexe

    Le problème voyez vous c’est qu’il n’y a rien de nouveau : que tout ca c’est déjà presque du passé remoulu.

    Comprenez une chose il y a la transformation du monde ok : vous pouvez croire qu’avec un peu de désobéissance et de la communication ( et du cerveau globale ) : ca changera dans les principes : mais ca ne suffira pas pour changer les donne : ce qui ont le pouvoir (économique) ne voudront pas le voir dans une société ou l’accumulation infinie de capital serait interdit.

    Ca veut dire qu’il y a clash : ca veut dire, écoutez moi bien : ca veux dire deux humanité (minimum) une séparation des espéce : et ca pourrait arriver plus rapidement que vous ne le croyez : alors choisissez bien votre espece ( celle qui est domestiqué : ou celle sauvage qui préfere la mort a la perte de liberté )

  2. Ric Says:

    Entre parenthèse : l’idéologie est un instrument de pouvoir ( rien d’autre : et il amène forcément la vision de société que vous critiquez : sur ceci également cela doit être clair dans votre pensée ). Lire Georg Lukács

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